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Cuba 2015 : pourquoi je ne me suis pas reposée

« Pas reposant ». C’est une belle façon de décrire mon voyage de deux semaines à Cuba, île des Caraïbes que fréquentent des centaines de milliers de Canadiennes et Canadiens chaque année. Souvent, ça fait bouger des sourcils. « T’allais à Cuba pis tu t’es même pas reposée? » Quand je mentionne que j’ai payé plus de 800 $ uniquement pour mon vol aller-retour, alors là, on me défigure. Méchante folle, toi.

Les casas particulares sont une bonne solution pour voyager partout à Cuba : des chambres à louer directement chez les gens, pour 20 à 30 CUC par nuit.

Les casas particulares sont une bonne solution pour voyager partout à Cuba : des chambres à louer directement chez les gens, pour 20 à 30 CUC par nuit.

Je suis retournée à Cuba pour la voir différemment, avec un background plus grand qu’ à 18 ans. Et j’ai été servie, car j’y ai vu une évolution, pour le meilleur ou pour le pire. J’y ai senti un peuple beaucoup plus tanné qu’il y a dix ans, brimé par son absence de liberté et son salaire médiocre. Une jeunesse qui a soif d’ailleurs… ou d’un avenir différent, tout simplement.

Même si je ne me suis pas reposée, je me considère chanceuse d’avoir pu discuter avec des gens et vivre une partie de la vraie vie, là-bas, pour une deuxième fois. Parce que les tout-inclus, ce n’est pas pour moi. Mais je comprends l’engouement; n’allez pas croire que j’écris ce texte dans le but de snobber ou de mépriser les gens qui, sans aucune prétention, profitent de la mer et du soleil d’un endroit magnifique qui leur est offert à petit prix. Ni de convaincre quiconque que c’est le mal, d’ailleurs. Je souhaite simplement apporter quelques nuances; partager mon opinion, mes connaissances et mes impressions sur un pays tellement complexe où, ironiquement, on se rend pour relaxer et faire le vide la plupart du temps.

Par le fait même, le premier billet, de même que le ou les prochains que je publierai en lien avec mon voyage – notamment en ce qui concerne la  consommation à Cuba, la fameuse bouffe à Cuba de même que le rapport entre les hommes et les femmes à Cuba – n’auront certainement rien de grosses critiques sociales; ce sont des observations et des réflexions personnelles.

« Varadero, ce n’est pas Cuba »  Un chauffeur de taxi

Des taxis peuvent vous mener de ville en ville, même sur de longues distances, à un prix comparable à celui du bus voyageur. Et on y apprend pas mal plus de choses. Ici : de Playa Larga à Trinidad dans une vieille Dodge des années 50.

Des taxis peuvent vous mener de ville en ville, même sur de longues distances, à un prix comparable à celui du bus voyageur. Ici : de Playa Larga à Trinidad dans une vieille Dodge des années 50.

Il faut savoir que le peuple cubain, à l’exception du personnel hôtelier, n’a pas accès à ses plus belles plages toutes situées au nord de l’île, dans les cayos où se trouvent les resorts populaires. Je ne blâme personne qui souhaite « ne pas se faire achaler pour se faire vendre des cossins »; après avoir payé 900 $ pour être transporté, hébergé, nourri et abreuvé à volonté pendant une semaine, c’est comprenable. (Oh, je m’étais dit que je laissais le cynisme de côté. Mais la manière dont si peu d’argent est réparti est une question qui se pose.)

N’empêche que moi, je trouve ça malsain. Et quand j’entends une femme dire qu’il n’y a pas de « locaux » sur telle plage dans le but d’en faire un argument de vente, j’ai mal au cœur. Imaginez donc, juste deux secondes, si les Québécois n’avaient plus accès à la plage d’Oka? Si le Beach Club de Pointe-Calumet était réservé aux jeunes Ontariens?

J’imagine aussi un genre de dôme en plexiglass  qui surplombe ces établissements aux formules tout-inclus et les coupe du reste. Les gens qui y travaillent font tout pour plaire aux touristes : « Tu casa es mi casa », diront-ils. Le problème, c’est que nos casas sont bien loin de ressembler aux leurs, et vice-versa. Le personnel cubain essaiera d’aseptiser sa culture de sorte à prendre le pli de celle des touristes afin ne pas trop les déboussoler; mais il risque toujours d’y avoir une faille, quelque part, pour mieux nourrir Trip Advisor.

Ces commentaires qui reviennent (et ma réfutation)

  • « La bouffe était dégueulasse » (La nourriture est difficile d’accès à Cuba – les hôtels sont mieux fournis que les gens qui habitent le pays – et tu comprendras que la culture gastronomique est encore limitée, comme le pays n’est pas ouvert sur le monde; mais j’y reviendrai plus en détail dans un autre billet.)
  • « La douche coulait pas / y avait pas d’eau chaude » (C’est une badluck, dans un hôtel. Par contre, sache que c’est comme ça dans la grande majorité des maisons à Cuba. Souvent, il ne coule qu’un mince filet d’eau, alors je te conseille d’apporter un bon shampoing sec. L’eau chaude, chez les gens, c’est vraiment un luxe. Mais à 35 degrés dehors…)
  • « L’air clim’ marchait pas » (Encore une fois, on parle d’un méga luxe; au risque de sonner comme ta mère qui te parle des petits enfants d’Afrique pour que tu finisses ton assiette, je te dirais de prendre ça cool [hihihi] et de réaliser toute la chance que tu avais de l’avoir dans ta chambre. C’est une belle attention.)
  • « Ça leur a pris deux jours avant de l’arranger » (Bienvenue à Cuba, l’endroit où c’est dimanche à la semaine et qu’il n’y a pas d’urgence, aucune. Les gens sont comme ça; pas stressés, pas pressés. Toi, tu es en vacances, profites-en donc pour relaxer ton sexe un peu.)
  • « Y avait des bibittes » (En effet, le climat est chaud et très humide, et l’île n’est pas recouverte d’une moustiquaire. Ne laisse pas de nourriture traîner et apporte un bon répulsif pour profiter des soirées dehors.)
  • « Y avait juste trois postes sur la TV » (Tu me niaises?)
  • « La chambre était laide » (J’abandonne.)
Santa Maria del Mar : une des plus belles plages de sable blanc comme ce quon connaît de Cuba!) aussi accessible aux cubaines et cubains, située à quelque vingt minutes de La Havane.

Santa Maria del Mar : l’une des plages qui s’apparente le plus au Cuba des cartes postales, aussi accessible aux cubaines et cubains, située à quelque vingt minutes de La Havane.

Bref, cette succession de remarques désobligeantes se termine souvent par le traditionnel « Tant qu’à ça, t’es mieux de payer un peu plus pour aller au Mexique ou en République. » À ceci, je me permets de répondre : « En fait, si tu souhaites passer du temps dans un endroit où tu mangeras bien comme ici, où les choses marchent assurément comme ici et où les gens ont exactement la même culture qu’ici, je te suggère de louer un condo à Mont-Tremblant. Ce sera plus cher et le lac Mercier n’est pas tout à fait turquoise, mais je pense honnêtement que tu t’y feras mieux. » Car si je comprends parfaitement que ce type de vacances pour se reposer puisse convenir à autant de personnes, c’est davantage les plaintes du retour qui m’irritent.

En terminant, réglons une chose : oui, je le sais, que le tourisme est dorénavant la plus grande source de revenus du pays. Et ce pays, je l’aime. Donc, je vous remercie de faire rouler l’économie à ma place.

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