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Toute seule au Miami Deli

Dans le cadre de ma thérapie qui consiste à « faire des affaires », j’ai décidé d’aller déjeuner au Miami Deli toute seule. Bon, ok, y a rien là. Peut-être que pour vous autres, c’est super banal, aller au restaurant toute seule. Révélation choc : pas pour moi. En fait, à part dans un fastfood et en voyage, il me semble que j’aie jamais osé le faire.

Là, vous vous dites : mais elle fait déjà plein d’affaires toute seule, elle. Elle va dans des soirées, des lancements. Oui, mais dites-vous aussi une chose : souvent, ça me demande du courage en titi. Arriver toute seule dans une foule, et devoir percer les bulles de conversations déjà entamées, m’intégrer au travers des amitiés plus solides. « Euh, salut, hihi. » Un coup que la glace est cassée, c’est presque toujours le fun. Mais ça m’est déjà arrivé d’arriver quelque part et de choker. Je dis pas ça pour faire pitié, hein. C’est comme ça, c’est tout.

Je pense aussi qu’il y a une bonne différence entre moi et la nouvelle célibataire qui vire fofolle, qui s’instagram les jambes dans le bain avec un verre de rouge sur le bord, qui fait des trucs toute seule pour « prendre du temps pour elle ». J’ai l’impression que c’est différent, quand la solitude est habituelle, et qu’elle est plus difficile à briser. Mais je me trompe peut-être; c’est peut-être exactement la même chose.

Alors peu importe la situation, voici quelques conseils : tu prends une attitude laid back, tu fais tes affaires. T’as pas le choix. Si tu fais rien par toi-même, tu vas passer le restant de ta vie en jaquette devant Facebook.

Combattre la petite déprime du dimanche : aller au Miami Deli

Est-ce que je suis en train de tout raconter ça juste pour dire que je suis allée au fucking Miami Deli? Oui. Bon. Alors à 9 h 30, je suis montée sur Sherbrooke.

Pourquoi le Miami? Pour l’ambiance, mais surtout parce que mon restaurant à déjeuners préféré d’Hochelaga, le Michelle BBQ, a fermé ses portes dernièrement. Un bout, j’allais au Gerry’s où les patates sont vraiment bonnes, mais j’ai tellement amené de gars différents là-bas, la serveuse doit penser que je suis une vraie charrue. (La plupart du temps, c’était vraiment juste mes amis.) Là, elle me verrait arriver toute seule, et elle se dirait « bon, elle prend un petit break! » Ben non, je me dis pas ça pour vrai; dans le cadre de ma thérapie « faire des affaires », j’essaie d’éviter le plus possible « le monde doit penser que ». Bien souvent, le monde pense pas grand-chose.

D’ailleurs, j’ai eu l’impression que l’hôtesse a été surprise, quand je lui ai fait signe que j’étais toute seule. C’est encore dans ma tête. J’ai pas osé le comptoir, je vais garder ça pour une autre fois. Elle m’a dit que je pouvais m’asseoir n’importe où, mais c’était un mensonge : la serveuse est venue me voir pour me dire de plutôt aller à la petite banquette pour deux, si j’étais toute seule. Dans le fond du restaurant. Avec un grand sourire, elle m’a guidée à ma nouvelle place. Juste à côté d’une star de l’Internet, qui déjeunait avec des amis.

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Ci-haut, un aperçu d’une colombe en carton.

J’ai commandé à Manon mon « Déjeuner à la Québécoise » et j’ai sirotté un thermos de café très lentement, question d’en profiter à fond. J’avais tout de même une vue imprenable sur l’ensemble du restaurant au lendemain de la Saint-Valentin, avec ses cœurs en glitter et ses colombes en carton. Il faut dire que le Miami, c’est summum du bling bling quétaine. Saviez-vous que les poissons suspendus, ce sont des vrais? Sauf le requin et le dauphin. Dans Montréal Kitsch, Sébastien Diaz parlait à travers son chapeau en disant qu’ils sont en plastique. Le proprio du Miami était en tabarnak.

Comme une enfant, je suis restée quelques minutes à regarder les poissons vivants dans l’aquarium du hall avant de sortir. J’étais dans les jambes, mais je m’en calissais. Je suis rentrée avec un mal de front, en me demandant ce que cette sortie m’avait apportée. Je me le demande encore, mais je suis plutôt fière de cette observation genriste tirée de mon cahier de notes, qu’il me fait plaisir de partager avec vous :

À part moi, les personnes seules aperçues au Miami Deli en ce 15 février 2015 entre 9 h 40 et 10 h 30 – cinq pour être exacte – sont des hommes.

Il y en avait même deux qui semblaient avoir à peu près mon âge. Mais j’étais pas parée pour cruiser, évidemment. J’étais pas peignée, pas maquillée. J’avais des traces de la poutine du vendredi sur mon hoodie. Et de toute façon, le monde devait penser que j’étais une nouvelle célibataire qui fait des trucs toute seule pour « prendre du temps pour elle ».

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