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Cuba 2015 : contradictoire consommation

Comment tout s’achète-t-il – ou ne s’achète-t-il pas – à Cuba? C’est une question légitime, mais parfois un peu délicate à poser à des gens qui ne vivent pas nécessairement bien dans un tel système. Alors on attend sagement de se faire raconter.

Le texte qui suit est un étalage de ce que j’ai appris lors de mes 17 jours dans différentes villes de l’ouest de Cuba; il n’a pas la prétention d’être truffé d’informations complètes, parce que bien souvent, ce que je sais se termine encore par un point d’interrogation.

Deux monnaies distinctes

paladar_cuba

Un joli paladar, à Viñales – c’est comme ça qu’on appelle ces nouveaux restaurants qui ne sont pas gérés par l’État. On y paie la facture en CUC; il est possible de payer en CUP dans les cafeterias, version cubaine des fastfoods.

Même si j’étais près de la population pendant un peu plus de deux semaines, j’ai bien du mal à dire que j’ai vécu avec elle. Ne serait-ce pour l’argent que j’avais dans les poches. À Cuba, vous le savez probablement, deux unités monétaires sont en circulation. D’abord, le peso cubano (CUP) pour le peuple cubain, et le peso convertible (CUC) pour l’étranger. Le CUC équivaut au dollar américain et le CUP, lui, vaut 24 fois moins.

À la base, le but de cette double monnaie était sans doute de différencier l’argent qui circule sur l’île de celle qui arrive d’ailleurs. Mais aujourd’hui, c’est à n’y rien comprendre : ce qui est relativement nouveau, c’est qu’on invite tout le monde à payer avec la « monnaie forte ». Par exemple, un shampoing pourra se détailler à 5 CUC. Une paire de shorts, 23 CUC. Un téléphone intelligent (la grosse mode!), de 50 à 70 CUC. Sur la porte de certains commerces, un écriteau à la main sur le revers d’une boîte de carton nous informe qu’il est – encore – possible de payer en CUP à cet endroit. Bonne nouvelle… parce qu’avec un salaire moyen de 15 CUC par mois (selon le type de travail; à titre d’exemple, un bon médecin reçoit 50 CUC mensuellement), comment peut-on être en mesure de se procurer des biens qui sont vendus à des prix comparables à ceux d’ici?

Produits et services : comment ça marche?

Je disais dans mon dernier billet que le peuple n’avait pas accès à ses belles plages; en fait, vaut mieux le dire ainsi : il n’a pas accès à grand-chose. Depuis ma visite d’il y a 10 ans, les restaurants ont poussé un peu partout, et il n’est plus aussi rare de tomber sur des petits magasins; le tout depuis que le gouvernement a permis, en 2010, aux gens de gérer indépendamment leur petite business – en versant une pas pire taxe à l’État, bien sûr. Ce n’est comparable en rien à ici, mais tout de même, les magasins existent. Whouhou!

Avant, je m’imaginais candidement que l’État donnait l’essentiel de manière égale à chaque citoyenne et citoyen; que c’était ça, le deal. « Les gens sont pauvres, mais au moins, ils ont des choses gratuites. » Oui, mais non. Voici ce que j’ai très grossièrement retenu :

  • Certains points sont désignés pour la cueuillette des items de la libreta. Ici : dans Habana Vieja - le panneau avant indique que du lait est offert gratuitement aux enfants les premiers de chaque mois.

    Certains points sont désignés pour la cueuillette des items de la libreta. Ici : dans Habana Vieja – le panneau avant indique que du lait est offert gratuitement aux enfants les premiers de chaque mois.

    L’éducation et les services de santé sont pour tout le monde
    L’éducation est complètement gratuite. C’est pourquoi il n’y aucun lien entre le niveau d’éducation et la classe sociale à Cuba. Contrairement à ici, aussi, le taux d’analphabétisme est pratiquement nul. Pour ce qui est du système de santé, je ne suis pas certaine de comment ça fonctionne; par contre, je sais que les hôpitaux pour les touristes sont bien distincts. Les médicaments et autres produits de pharmacie sont difficiles d’accès pour la population, mais relativement facile à obtenir pour les gens en visite.
  • Les services de base sont abordables
    Le loyer et l’électricité sont considérés comme des services essentiels et sont donc peu chers. Côté bouffe, Cuba est le seul pays au monde qui fonctionne avec sa libreta, c’est-à-dire un carnet pour obtenir une certaine quantité de nourriture mensuellement. Par contre, la diversité est inexistante. En veux-tu du riz? En v’là. Autant dire qu’on en donne assez pour ne pas crever, ce qui n’est ps une mauvaise chose, mais qui veut se faire un repas moindrement agréable devra sortir son portefeuille.
  • Les biens « superflus » sont souvent hors de prix
    Les choses qui ne sont pas considérées comme essentielles le sont souvent et, malheureusement, elles sont atrocement chères. Notamment en ce qui concerne les produits hygiéniques (en plus d’être difficiles à trouver) et les vêtements. Pour ce qui est des activités, par exemple aller voir un spectacle ou aller danser, deux prix d’entrées sont affichés, et parfois l’entrée est gratuite pour les cubaines et cubain. Dans les bars, l’alcool leur est plus abordable; la moindre des choses.
  • Connect Cuba – celle ou celui qui a osé faire ce graffiti dénonciateur à La Havane n’a pas froid aux yeux, la police (ou plutôt les sentences qu’elle applique) étant redoutée.

    Connect Cuba – celle ou celui qui a osé faire ce graffiti dénonciateur à La Havane n’a pas froid aux yeux, la police (ou plutôt les sentences qu’elle applique) étant redoutée.

    Les services de communication sont payants et contrôlés
    Pour communiquer, tout le monde n’a pas la chance de posséder un téléphone fixe (juste l’objet en soit est assez cher), qui permet de faire des appels au pays uniquement. La preuve : le soir, les gens font la file pour les téléphones publics dans la rue, qu’on peut faire fonctionner moyennant quelques CUP. Très, très peu (pour ne pas dire à peu près pas) de gens sont connectés à Internet – ou plutôt à l’intranet cubain – et on doit se rendre au centre de télécommunications, et payer, pour y accéder. Dernière heure, ou presque : des points de connexion WiFi (!) ont enfin été inaugurés sur l’île.

On pourrait croire qu’une République socialiste assure l’équité entre ses habitantes et habitants. En fait, à peu près tout à Cuba est un cas de « oui, mais non ». Le creux entre les riches et les pauvres est assez phénoménal, ne s’agit de penser à cette petite fille au visage sale qui me quémandait du savon dans un quartier malfamé de Trinidad et aux gens qui tiennent les casas, soignées et confortables, chez qui j’habitais. Aux gens qui se rendent au travail comme des sardines dans la boîte d’un camion à 40 degrés et à ceux qui possèdent une belle voiture avec air climatisée. D’ailleurs, selon le Routard, une Peugeot de l’année, puisqu’importée, vaudrait… 100 000 CUC? Mais qui sont ces gens?

On quitte Cuba avec plus de questionnements en tête qu’on en avait en arrivant. Et c’est naïvement qu’on ressort la liste des « Choses qu’il faut pas que j’oublie de googler en revenant. » Bonne chance.

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