Sorties

Entrevue avec Navet Confit

C’est avec grand plaisir que j’ai fait partie de l’équipe de rédactrices et rédacteurs du blogue de l’édition 2015 du Festival de musique émergente (FME) en Abitibi-Témiscamingue, La bouche croche. En cet honneur, le gentil Navet Confit m’a accordé une entrevue et il m’a permis de présenter en exclusivité le premier single de son album LOL sur le site du FME.

*

Mélanie Jannard : Quand je t’ai croisé l’autre fois au théâtre – ça nous donne un air cultivé –, tu me disais que le nouvel album allait être plus punk. Comment ça, donc?

Navet Confit : Ben en fait c’est un album de punk, mais j’ai jamais été punk. C’est un peu un exercice de style, une façon d’aller à l’extrême, être un peu plus radical qu’avant, dans un esprit assez juvénile, adolescent, niaiseux… Mais tout ça est géré par quelque chose de plus sérieux dans la démarche; c’est pas purement juvénile, mais dans l’esprit, oui. La première fois que t’écoutes Nevermind en cassette : je voulais recréer ça. Je voulais mettre des guitares fortes pis gueuler.

L’idée derrière ce virage-là, ça vient d’une conversation avec mon booker, Guillaume Ruel. On a quand même fait des bons festivals, mais dans des salles, j’ai de la misère à me booker, parce que j’ai comme une réputation de « c’est ben trop fucké! », alors que je considère que je fais de la pop. Ça fait que tant qu’à être barré… C’est une blague, aussi; c’est pour ça que l’album s’appelle LOL.

C’est très exigeant d’enregistrer ça à la journée longue. C’est pas le genre de musique que j’écoute, mais j’aime ça en faire.

MJ : Mais revenons à LOL : pourquoi?  

NC : LOL, parce que c’est comme une joke. Parce que c’est une joke de dire
« lol »; parce que « lol », c’est vraiment passé date, alors ça devient un 8e degré de « lol ».

Y a beaucoup de choses drôles sur l’album, mais y a aussi des choses déprimantes. J’aime les mettre une à côté de l’autre. Le collage que j’avais déjà commencé, avec des chats, vient bien compléter ce que j’ai voulu faire avec l’album. Le côté Internet, c’est une représentation de comment je vois cette façon-là, maintenant, de rencontrer des gens, ou même de vivre. C’est étourdissant, pis c’est pas toujours très reluisant. Ça saute d’un état d’esprit à l’autre. C’est cheap ; y’a beaucoup de cheap sur Internet.  C’est un condensé de comment je me sens, présentement, à l’ère où on vit.

MJ : Et pourquoi avoir choisi « Mannequin de magasin » comme premier single radio – surtout : pourquoi elle se retrouve trois fois sur l’album? […]

[Lire la suite sur le blogue du FME]

Célébrons la banlieue à Laval

banlieue_vs_monde_exposition_laval

Sous le thème Banlieue! vs le monde, la programmation d’été inclut l’exposition de même qu’une série de huit concerts gratuits présentés dans le jardin intérieur de la Maison des arts de Laval.

Dernièrement, j’ai eu le privilège de corriger les épreuves du catalogue de l’exposition Banlieue! ordre et désordre, dont le vernissage a lieu ce samedi 1er août dès 14 h à la Maison des arts de Laval. L’événement est présenté pour souligner le 50e anniversaire de la ville.

Si je parle d’un « privilège » – et là je vous imagine déjà vous dire que  j’ai jamais rien fait de le fun de ma vie –, c’est que le projet m’interpelle particulièrement. Car je n’ai pas peur de le dire ni de remettre à sa place qui s’en moquera pour une énième fois : je suis lavalloise. Et j’ai tout pour confirmer qu’une telle manifestation est importante.

La banlieue tout en arts visuels et en littérature

Les épreuves ont toutefois été corrigées à Montréal.

Les épreuves ont toutefois été corrigées à Montréal.

Les deux commissaires Jasmine Colizza (arts visuels) et Catherine-Cormier Larose (littérature) ont su rassembler des voix révélatrices pour l’exposition. D’un côté, les photos, vidéos, toiles et autres installations de près de 20 artistes présentent leur « version » de la banlieue; un fragment fort de ce qu’elle est. De l’obsession d’une pelouse verte (Stéphanie Beaulieu, Éric Lamontagne) au questionnement sur l’entité familiale (Hillerbrand+Magsamen) en passant par les vestiges historiques (Stéphanie Chalut), on nous éclaire les villes dans l’ombre.

Du côté de la littérature, ce sont Simon Boulerice, Sébastien Dulude, Stéphane Larue, Bertrand Laverdure, Anna Jane McIntyre, Stuart Ross, Hector Ruiz et Marie-Hélène Sarrasin qui signent les textes de la publication. Ces derniers mettent de l’avant le point de vue identitaire de l’exposition. En prose ou en poésie, on affirme que « oui, la banlieue a fait de moi qui je suis ».

Quel que soit le médium utilisé, on révèle avec Banlieue! ordre et désordre l’importance de la banlieue; on ne la dépeint pas comme un lieu insipide : ça fait du bien.

La honte infondée

Laval by the sea, 2014, iPhonographie, Vincent Bédard.

Laval by the sea, 2014, iPhonographie, Vincent Bédard.

Encore ce dimanche, j’écoutais cet homme qui avait donné un concert dans un parc raconter à quel point les gens étaient peu ouverts d’esprit « à Laval ». On parle souvent du 450 – Laval et Longueuil en particulier – comme si une seule caractéristique le définissait au grand complet. Au point où on tend à croire voire à admettre cette insignifiance. Je me surprends parfois à rire jaune quand les gens me demandent d’où je viens. « De trop proche pour que ce soit exotique. »

Et pourtant. De tout le monde que je connais à Montréal, la majorité a grandi en banlieue, y compris 80 % de mes amis proches; l’autre 20 % est de la région. On a le Montréal tatoué sur le cœur facile, mais comme le disait JLO : no matter where I go, I know where I came from.

L’exposition Banlieue! ordre et désordre se tiendra du 1er au 23 août 2015 à la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval, située à quelques pas du métro Montmorency – pas d’excuses. Vous pouvez consulter l’horaire des activités de l’été ici.

Cuba 2015 : être une femme

Lorsque je suis allée à Cuba en janvier 2006, l’une des choses qui m’avait marquée, en marchant dans les rues, c’était l’omniprésence des « compliments » qu’on recevait dans la rue, que j’hésite à appeler du catcalling dans ce cas particulier. Ici, la prise de conscience qu’on a développée depuis les dernières années est signifiante. Mais dans un pays « reclus», est-ce qu’il s’était passé quelque chose? J’en doutais. J’avais surtout peur de voir comment la moi d’aujourd’hui allait dealer avec ça.

Mes deux bodyguards à l'observatoire de Trinidad. How menaçants?

Mes deux bodyguards, ici à l’observatoire de Trinidad.

Je ne mentirai pas : être accompagnée de deux garçons me rassurait. Pas que Cuba soit dangereuse; bien au contraire, le taux de criminalité est hyper bas, les gens ont beaucoup trop peur de la police. Mais je me disais que j’allais moins être bombardée des regards et paroles d’inconnus  en marchant auprès de deux jeunes hommes. J’avais raison! Je disais à la blague que c’était sans doute que j’avais dépéri depuis mes 18 ans – mais en fait, dès que je traînais un peu derrière, les guapa, linda et autres bonita fusaient de partout.

Des habitudes et des rôles divisés

Cette nonchalance avec laquelle les hommes – y compris les chauffeurs des taxis dans lesquels je me trouvais et les autobus – klaxonnent les femmes sur la rue est pour le moins troublante. On voit une femme marcher de dos? Pout-pout. Sans même nécessairement la reluquer – et je ne dis pas que c’est mieux, ni pire; je dis simplement que cet automatisme « banal » est étrange. La femme non plus, ne se retourne pas. Elle ne sursaute pas. Certes, ce n’est pas comme ça tout le monde, mais c’est très fréquent, et il ne semble pas y avoir de question qui se pose, d’un côté comme de l’autre. Mais je me verrais bien mal expliquer à un Cubain que d’interpeller une femme en émettant un son ne se fait pas alors que je connais des personnes, ici, qui ne le réalisent pas encore.

C'est très intense, dans les rues de La Havane, au point où j'ai eu la pensée quej'aurais aimé me déguiser en gars, une fois mes amis partis. Par contre, je n'ai pas ressenti cette même « pression » dans les autres villes que j'ai visitées.

Les rues de La Havane sont intenses, au point où une fois mes amis partis, j’ai eu la pensée que j’aurais aimé… me déguiser en gars. Par contre, je n’ai pas du tout ressenti cette même « pression » dans les autres villes que j’ai visitées.

C’est culturel, et on n’y peut rien pour le moment. Il faut l’accepter, prendre en riant certains trucs qu’on ne laisserait pas nécessairement passer ici, qui feraient rouler des yeux. La « galanterie », là-bas, c’est encore très in. Par exemple, on vous offrira – systématiquement, tout le temps – de transporter notre gros sac à dos évidemment trop lourd pour une muchacha. Il ne faut pas y chercher de mauvaises intentions.

Parce qu’on est encore dans les rôles « traditionnels » de l’homme et de la femme. Bien que ça pourrait être pire; les femmes travaillent et j’ai vu énormément d’hommes s’occuper des enfants. D’ailleurs, comme j’y étais en juin, des grandes banderoles affichaient un peu partout la venue de la fête de los papas. Je serais curieuse d’y retourner en mai pour voir si l’engouement est le même pour la fête des mères. Considérant que la famille est une valeur particulièrement dominante à Cuba, j’ai tendance à croire que oui.

Quelques anecdotes en vrac :
  • Je dis souvent que je n’ai pas de plaisir coupable, car j’assume mes goûts aussi médiocres soient-ils; mais c’est faux : j’aime le reggaeton et je m’en sens souillée. C’est dégueulasse. J’invite celles et ceux qui pensent que j’exagère à prendre le temps de mettre les paroles de votre hit caliente favori dans Google Translate. D’ailleurs, Cuba songe à en réglementer la diffusion. (J’étais surprise que je ne sois pas déjà le cas, en fait.)
  • Dans une boutique, mon ami a demandé à une caissière de nous sortir deux trucs derrière le comptoir. Il a payé le sien, puis lui a fait signe que le second était pour moi; que c’était donc moi qui allais le payer. L’incompréhension sur son visage était assez flagrante. Elle a même étouffé un petit rire. J’étais avec un homme qui me laissait payer ma propre crème solaire?
  • Dans une de nos casas, on m’a averti de  bien faire attention aux petites marches sournoises : « les muchachas tombent souvent ». Mauzus qu’on l’a rit, celle-là. Surtout chaque fois que Vince manquait de se planter. Fifi!
  • Il me semble que si je possédais une belle voiture des années 60, coller des silhouettes de femmes nues sur la vitre arrière ne me passerait pas par l’esprit. Des stickers, ça ruine un peu le cachet, non?
  • Je défiais la règle en buvant ici ma première bière d'homme, à Playa Larga.

    Je défiais la règle en buvant ici ma première bière d’homme, à Playa Larga.

    Je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de femmes que j’ai vu conduire tout au long de mon voyage. Par contre, on a eu une femme chauffeuse de taxi, une fois. Yé!
  • J’ai été surprise de voir qu’il y avait beaucoup de femmes policières, dans un milieu si genré. Leur tenue m’a aussi étonnée : elles étaient toutes sexy. Très maquillées, cheveux bien mis, en pantalons skinny ou en minijupe. J’en ai même vu une avec des bas collants en filet. Avec la grosse matraque sur le côté, le gun et tout, l’image était spéciale. J’ai demandé à mon ami : « Tu trouves pas que ça fait un peu film de cul? » Il a répondu « Oui, vraiment. » Puis, je me suis sentie mal d’avoir eu cette réflexion. Est-ce c’était moi qui était vraiment sexiste, là? Je ressens encore de l’incompréhension vis-à-vis ce phénomène.
  • Vous connaissez probablement les deux bières locales les plus populaires? La bière de femme (la Cristal – Coors light cubaine) et la bière d’homme (la Bucanero – un peu plus « forte »).
  • On a offert aux garçons de goûter du rhum. On s’est surpris, en voyant que j’allais me risquer à y tremper les lèvres aussi. S’ils savaient…
  • Alors qu’on picolait sur le bord du Malecón, un soir, il y a ce gars, bien intentionné, mais aux propos incroyablement libidineux, qui est venu nous parler de son pays… et des femmes, des femmes et de leur corps – qu’il mimait –, des femmes qu’il trouvait belles, des femmes avec qui il voulait danser, qu’il voudrait fréquenter, de celles qu’il voulait marier : sa future femme n’allait pas être une Cubaine, oh non. Il ne voulait pas d’une fille aux mêmes idées que lui, au même quotidien. Et surtout, il voulait sortir de là.

Une ouverture qui se pointe

J’ai gardé l’histoire du gars libidineux pour la fin, parce que je la trouve frappante. Elle surpasse la simple « anecdote », en fait, elle révèle beaucoup. Jamais il n’a pu s’imaginer que mes deux amis puissent former un couple. Par défaut, j’étais avec Vincent. Il parlait donc davantage des femmes et du plaisir qu’on en tire avec Hugo, qui acquiesçait timidement. Un moment cocasse, tout de même.

Quand je suis revenue ici et que j’ai ouvert mon Facebook, j’ai vu toutes ces photos de profils arc-en-ciel qui célébraient le mariage homosexuel qu’on avait officiellement permis aux États-Unis. Pendant ce temps, moi, J’avais d’ailleurs été particulièrement étonnée, tout au long de mon voyage, de constater qu’une ouverture à l’homosexualité se développait. Certaines célébrations (mariages gais non officiels) ont même eu lieu dernièrement à La Havane. Je me dis que si quelque chose d’aussi avancé par rapport à certains pays puisse être en train d’arriver aujourd’hui à Cuba, eh bien nous sommes sur une bonne lancée pour la suite.

Car c’est ce que je retiens de mon voyage en 2015 : on se pose beaucoup de questions, tout le temps, et on ne sait pas toujours où se situer, c’est vrai; mais de l’espoir, chez les Cubaines et Cubains, il y en a beaucoup. Et c’est ce qui continue d’en faire un peuple fort, un peuple beau. On se revoit dans un autre dix ans.

sunset_cuba

Cuba 2015 : pour en finir avec la bouffe

C’est le commentaire grognon le plus récurrent que ramènent de Cuba les adeptes de tout-inclus : « la bouffe était pas bonne ». C’en est devenu un running gag depuis mon premier voyage à La Havane. L’ironie, c’est que je ne leur donne part tort sur toute la ligne; c’est vrai, on ne mange rarement aussi bien qu’ici  dans les restaurants cubains, même en dehors des resorts. À moins de payer, et encore là.

J’ai donc eu l’idée d’énoncer quelques faits à propos de la nourriture – du bon manger! – à Cuba. Ça ne fera changer ses saveurs en rien, mais qui sait, peut-être que ça nuancera un peu cette pauvre et superficielle réputation.

Une gastronomie sans repères

On dit souvent de Cuba qu’elle semble figée dans les années 60. Pour les voitures, les coutumes et les modes, on trouve ça cute. Pour la bouffe, par contre, exigeons le goût du jour!

Pour avoir séjourné à deux maisons d’une « boucherie » de Trinidad, je dois avouer que j’étais toujours plus rassurée de voir du poisson dans mon assiette.

Pour avoir séjourné à deux maisons d’une boucherie de Trinidad, je dois avouer que j’étais toujours plus rassurée de voir du poisson dans mon assiette. Photo : Hugo Rueda.

Il ne faut pas chercher trop loin : la gastronomie est un art qui se développe avant tout d’après une ouverture sur le monde. Hors, et c’est mon hypothèse, Cuba n’ayant pas ou peu accès aux autres cultures et aux références qui permettent de faire évoluer la cuisine, elle traîne de la patte en la matière. Il est donc courant de recevoir un plat décevant… ou amusant, si vous êtes du genre – comme moi – à prendre en riant quelque chose d’aussi absurde qu’une poignée de pinottes brûlées dans une salade ou une fleur dessinée en moutarde baseball sur le bord du plat.

Bizarrement, je n’ai croisé aucun restaurant de cuisine cubaine à Cuba. On préfère sans doute « tenter » de reproduire ce à quoi les gens sont habitués. La folie, ces temps-ci, c’est l’Italien : pizza aux looks variables et autres pâtes trop cuites. Mais… pourquoi?

Car si je n’ai qu’un seul conseil à donner à qui veut s’assurer de bien manger chaque jour à Cuba, c’est bien celui de déjeuner et de souper directement dans les casas particulares.
Une vue sur La Havane, depuis ma terrasse dans une casa de Vedado. Un peu différent de ma ruelle d’Hochelaga.

Une vue sur La Havane, depuis ma terrasse dans une casa du quartier Vedado. Un peu différent de ma ruelle d’Hochelaga.

Les repas typiques que vous prépareront les mamas cubaines – sans vouloir être genriste, mais on est figé dans les années 60, hein – sont toujours simples, mais excellents et très abondants.

Au déjeuner :
  • Un jus frais pressé
  • Du café ou du chocolat chaud
  • Une assiette de fruits (ananas, mangue, goyave, papaye)
  • Des œufs (en omelette ou brouillées)
  • Du pain (le plus souvent très sec – on s’y fait)
  • Les prioprios des casas laissent à notre disposition des breuvages, et on paie ce qu’on a pris avec le total à la fin. Ici : l’importante réserve de Cristal, la « bière de femmes » nationale. C’est un peu comme notre Coors light. Je parlerai de la vraie « bière d’homme » (fuerte!) dans mon prochain billet…

    Les prioprios laissent à notre disposition des breuvages. On paie ce qu’on a pris avec le reste, à la toute fin. Ici : l’importante réserve de Cristal, l’une des bières nationales. Elle est vue comme « la bière de femmes »; j’en parlerai dans mon prochain billet.

    Parfois des petits gâteaux, du fromage ou du yogourt
Au souper :
  • Du riz blanc
  • Des haricots noirs
  • Des légumes (fèves, tomates, concombres)
  • Des plantains ou des patates
  • Un plat de viande ou de poisson
  • Parfois un dessert (flanc, crème glacée)

Un marché pauvre en diversité

« On mange  toujours la même chose? » En effet, passablement. La viande ou le poisson peut différer, mais tous les accompagnements restent les mêmes. Mais les Cubaines et Cubains ont toutefois cette faculté de faire beaucoup avec si peu qu’à chaque repas, la « même chose » peut être présentée assez différemment pour nous faire « oublier » qu’on mange, en effet, passablement la même chose jour après jour.

Et les convives des casas sont nourris plutôt luxueusement, vous le devinerez. Les habitantes et habitants auront à composer avec une libreta qui, comme je le disais dans mon dernier billet, leur permet d’obtenir les mêmes choses de semaine en semaine, de mois en mois. Pour ce qui est des fruits et légumes, on les achète tôt en journée dans les marchés, ou alors quelqu’un passe directement dans les rues – à pied, à cheval ou à vélo – en  criant son inventaire à tue-tête : ne suffit que de l’agripper et de lui échanger ce qu’on veut contre quelques CUP.

Les gens font la file pour manger une glace à la fameuse Copellia, à La Havane. Cuba est d’ailleurs réputée pour sa crème glacée, qui est plutôt un lait – de coco, souvent – glacé.

Les gens font la file pour manger une glace à la fameuse Coppelia, à La Havane. Cuba est réputée pour sa crème glacée, qui est plutôt un lait – de coco, souvent – glacé.

À noter que l’agriculture est chose assez récente à Cuba. Pourtant, ça ne demande pas un bac en environnement pour savoir que le climat chaud et humide est excellent pour ça. C’est peut-être du côté que l’équipement que ça fait défaut : on opère encore la machinerie à l’aide de bœufs. Et des vaches, il y en a en masse; mais je dois mentionner qu’au moment où j’étais à La Havane, une fort mystérieuse pénurie de beurre régnait. Pourquoi? No sé. Souvent, quelque chose disparaît du marché pour un temps, puis revient, hop. Ce n’est pas la peine de poser de question, car à Cuba, así es. C’est comme ça.

Cuba 2015 : contradictoire consommation

Comment tout s’achète-t-il – ou ne s’achète-t-il pas – à Cuba? C’est une question légitime, mais parfois un peu délicate à poser à des gens qui ne vivent pas nécessairement bien dans un tel système. Alors on attend sagement de se faire raconter.

Le texte qui suit est un étalage de ce que j’ai appris lors de mes 17 jours dans différentes villes de l’ouest de Cuba; il n’a pas la prétention d’être truffé d’informations complètes, parce que bien souvent, ce que je sais se termine encore par un point d’interrogation.

Deux monnaies distinctes

paladar_cuba

Un joli paladar, à Viñales – c’est comme ça qu’on appelle ces nouveaux restaurants qui ne sont pas gérés par l’État. On y paie la facture en CUC; il est possible de payer en CUP dans les cafeterias, version cubaine des fastfoods.

Même si j’étais près de la population pendant un peu plus de deux semaines, j’ai bien du mal à dire que j’ai vécu avec elle. Ne serait-ce pour l’argent que j’avais dans les poches. À Cuba, vous le savez probablement, deux unités monétaires sont en circulation. D’abord, le peso cubano (CUP) pour le peuple cubain, et le peso convertible (CUC) pour l’étranger. Le CUC équivaut au dollar américain et le CUP, lui, vaut 24 fois moins.

À la base, le but de cette double monnaie était sans doute de différencier l’argent qui circule sur l’île de celle qui arrive d’ailleurs. Mais aujourd’hui, c’est à n’y rien comprendre : ce qui est relativement nouveau, c’est qu’on invite tout le monde à payer avec la « monnaie forte ». Par exemple, un shampoing pourra se détailler à 5 CUC. Une paire de shorts, 23 CUC. Un téléphone intelligent (la grosse mode!), de 50 à 70 CUC. Sur la porte de certains commerces, un écriteau à la main sur le revers d’une boîte de carton nous informe qu’il est – encore – possible de payer en CUP à cet endroit. Bonne nouvelle… parce qu’avec un salaire moyen de 15 CUC par mois (selon le type de travail; à titre d’exemple, un bon médecin reçoit 50 CUC mensuellement), comment peut-on être en mesure de se procurer des biens qui sont vendus à des prix comparables à ceux d’ici?

Produits et services : comment ça marche?

Je disais dans mon dernier billet que le peuple n’avait pas accès à ses belles plages; en fait, vaut mieux le dire ainsi : il n’a pas accès à grand-chose. Depuis ma visite d’il y a 10 ans, les restaurants ont poussé un peu partout, et il n’est plus aussi rare de tomber sur des petits magasins; le tout depuis que le gouvernement a permis, en 2010, aux gens de gérer indépendamment leur petite business – en versant une pas pire taxe à l’État, bien sûr. Ce n’est comparable en rien à ici, mais tout de même, les magasins existent. Whouhou!

Avant, je m’imaginais candidement que l’État donnait l’essentiel de manière égale à chaque citoyenne et citoyen; que c’était ça, le deal. « Les gens sont pauvres, mais au moins, ils ont des choses gratuites. » Oui, mais non. Voici ce que j’ai très grossièrement retenu :

  • Certains points sont désignés pour la cueuillette des items de la libreta. Ici : dans Habana Vieja - le panneau avant indique que du lait est offert gratuitement aux enfants les premiers de chaque mois.

    Certains points sont désignés pour la cueuillette des items de la libreta. Ici : dans Habana Vieja – le panneau avant indique que du lait est offert gratuitement aux enfants les premiers de chaque mois.

    L’éducation et les services de santé sont pour tout le monde
    L’éducation est complètement gratuite. C’est pourquoi il n’y aucun lien entre le niveau d’éducation et la classe sociale à Cuba. Contrairement à ici, aussi, le taux d’analphabétisme est pratiquement nul. Pour ce qui est du système de santé, je ne suis pas certaine de comment ça fonctionne; par contre, je sais que les hôpitaux pour les touristes sont bien distincts. Les médicaments et autres produits de pharmacie sont difficiles d’accès pour la population, mais relativement facile à obtenir pour les gens en visite.
  • Les services de base sont abordables
    Le loyer et l’électricité sont considérés comme des services essentiels et sont donc peu chers. Côté bouffe, Cuba est le seul pays au monde qui fonctionne avec sa libreta, c’est-à-dire un carnet pour obtenir une certaine quantité de nourriture mensuellement. Par contre, la diversité est inexistante. En veux-tu du riz? En v’là. Autant dire qu’on en donne assez pour ne pas crever, ce qui n’est ps une mauvaise chose, mais qui veut se faire un repas moindrement agréable devra sortir son portefeuille.
  • Les biens « superflus » sont souvent hors de prix
    Les choses qui ne sont pas considérées comme essentielles le sont souvent et, malheureusement, elles sont atrocement chères. Notamment en ce qui concerne les produits hygiéniques (en plus d’être difficiles à trouver) et les vêtements. Pour ce qui est des activités, par exemple aller voir un spectacle ou aller danser, deux prix d’entrées sont affichés, et parfois l’entrée est gratuite pour les cubaines et cubain. Dans les bars, l’alcool leur est plus abordable; la moindre des choses.
  • Connect Cuba – celle ou celui qui a osé faire ce graffiti dénonciateur à La Havane n’a pas froid aux yeux, la police (ou plutôt les sentences qu’elle applique) étant redoutée.

    Connect Cuba – celle ou celui qui a osé faire ce graffiti dénonciateur à La Havane n’a pas froid aux yeux, la police (ou plutôt les sentences qu’elle applique) étant redoutée.

    Les services de communication sont payants et contrôlés
    Pour communiquer, tout le monde n’a pas la chance de posséder un téléphone fixe (juste l’objet en soit est assez cher), qui permet de faire des appels au pays uniquement. La preuve : le soir, les gens font la file pour les téléphones publics dans la rue, qu’on peut faire fonctionner moyennant quelques CUP. Très, très peu (pour ne pas dire à peu près pas) de gens sont connectés à Internet – ou plutôt à l’intranet cubain – et on doit se rendre au centre de télécommunications, et payer, pour y accéder. Dernière heure, ou presque : des points de connexion WiFi (!) ont enfin été inaugurés sur l’île.

On pourrait croire qu’une République socialiste assure l’équité entre ses habitantes et habitants. En fait, à peu près tout à Cuba est un cas de « oui, mais non ». Le creux entre les riches et les pauvres est assez phénoménal, ne s’agit de penser à cette petite fille au visage sale qui me quémandait du savon dans un quartier malfamé de Trinidad et aux gens qui tiennent les casas, soignées et confortables, chez qui j’habitais. Aux gens qui se rendent au travail comme des sardines dans la boîte d’un camion à 40 degrés et à ceux qui possèdent une belle voiture avec air climatisée. D’ailleurs, selon le Routard, une Peugeot de l’année, puisqu’importée, vaudrait… 100 000 CUC? Mais qui sont ces gens?

On quitte Cuba avec plus de questionnements en tête qu’on en avait en arrivant. Et c’est naïvement qu’on ressort la liste des « Choses qu’il faut pas que j’oublie de googler en revenant. » Bonne chance.

Cuba 2015 : pourquoi je ne me suis pas reposée

« Pas reposant ». C’est une belle façon de décrire mon voyage de deux semaines à Cuba, île des Caraïbes que fréquentent des centaines de milliers de Canadiennes et Canadiens chaque année. Souvent, ça fait bouger des sourcils. « T’allais à Cuba pis tu t’es même pas reposée? » Quand je mentionne que j’ai payé plus de 800 $ uniquement pour mon vol aller-retour, alors là, on me défigure. Méchante folle, toi.

Les casas particulares sont une bonne solution pour voyager partout à Cuba : des chambres à louer directement chez les gens, pour 20 à 30 CUC par nuit.

Les casas particulares sont une bonne solution pour voyager partout à Cuba : des chambres à louer directement chez les gens, pour 20 à 30 CUC par nuit.

Je suis retournée à Cuba pour la voir différemment, avec un background plus grand qu’ à 18 ans. Et j’ai été servie, car j’y ai vu une évolution, pour le meilleur ou pour le pire. J’y ai senti un peuple beaucoup plus tanné qu’il y a dix ans, brimé par son absence de liberté et son salaire médiocre. Une jeunesse qui a soif d’ailleurs… ou d’un avenir différent, tout simplement.

Même si je ne me suis pas reposée, je me considère chanceuse d’avoir pu discuter avec des gens et vivre une partie de la vraie vie, là-bas, pour une deuxième fois. Parce que les tout-inclus, ce n’est pas pour moi. Mais je comprends l’engouement; n’allez pas croire que j’écris ce texte dans le but de snobber ou de mépriser les gens qui, sans aucune prétention, profitent de la mer et du soleil d’un endroit magnifique qui leur est offert à petit prix. Ni de convaincre quiconque que c’est le mal, d’ailleurs. Je souhaite simplement apporter quelques nuances; partager mon opinion, mes connaissances et mes impressions sur un pays tellement complexe où, ironiquement, on se rend pour relaxer et faire le vide la plupart du temps.

Par le fait même, le premier billet, de même que le ou les prochains que je publierai en lien avec mon voyage – notamment en ce qui concerne la  consommation à Cuba, la fameuse bouffe à Cuba de même que le rapport entre les hommes et les femmes à Cuba – n’auront certainement rien de grosses critiques sociales; ce sont des observations et des réflexions personnelles.

« Varadero, ce n’est pas Cuba »  Un chauffeur de taxi

Des taxis peuvent vous mener de ville en ville, même sur de longues distances, à un prix comparable à celui du bus voyageur. Et on y apprend pas mal plus de choses. Ici : de Playa Larga à Trinidad dans une vieille Dodge des années 50.

Des taxis peuvent vous mener de ville en ville, même sur de longues distances, à un prix comparable à celui du bus voyageur. Ici : de Playa Larga à Trinidad dans une vieille Dodge des années 50.

Il faut savoir que le peuple cubain, à l’exception du personnel hôtelier, n’a pas accès à ses plus belles plages toutes situées au nord de l’île, dans les cayos où se trouvent les resorts populaires. Je ne blâme personne qui souhaite « ne pas se faire achaler pour se faire vendre des cossins »; après avoir payé 900 $ pour être transporté, hébergé, nourri et abreuvé à volonté pendant une semaine, c’est comprenable. (Oh, je m’étais dit que je laissais le cynisme de côté. Mais la manière dont si peu d’argent est réparti est une question qui se pose.)

N’empêche que moi, je trouve ça malsain. Et quand j’entends une femme dire qu’il n’y a pas de « locaux » sur telle plage dans le but d’en faire un argument de vente, j’ai mal au cœur. Imaginez donc, juste deux secondes, si les Québécois n’avaient plus accès à la plage d’Oka? Si le Beach Club de Pointe-Calumet était réservé aux jeunes Ontariens?

J’imagine aussi un genre de dôme en plexiglass  qui surplombe ces établissements aux formules tout-inclus et les coupe du reste. Les gens qui y travaillent font tout pour plaire aux touristes : « Tu casa es mi casa », diront-ils. Le problème, c’est que nos casas sont bien loin de ressembler aux leurs, et vice-versa. Le personnel cubain essaiera d’aseptiser sa culture de sorte à prendre le pli de celle des touristes afin ne pas trop les déboussoler; mais il risque toujours d’y avoir une faille, quelque part, pour mieux nourrir Trip Advisor.

Ces commentaires qui reviennent (et ma réfutation)

  • « La bouffe était dégueulasse » (La nourriture est difficile d’accès à Cuba – les hôtels sont mieux fournis que les gens qui habitent le pays – et tu comprendras que la culture gastronomique est encore limitée, comme le pays n’est pas ouvert sur le monde; mais j’y reviendrai plus en détail dans un autre billet.)
  • « La douche coulait pas / y avait pas d’eau chaude » (C’est une badluck, dans un hôtel. Par contre, sache que c’est comme ça dans la grande majorité des maisons à Cuba. Souvent, il ne coule qu’un mince filet d’eau, alors je te conseille d’apporter un bon shampoing sec. L’eau chaude, chez les gens, c’est vraiment un luxe. Mais à 35 degrés dehors…)
  • « L’air clim’ marchait pas » (Encore une fois, on parle d’un méga luxe; au risque de sonner comme ta mère qui te parle des petits enfants d’Afrique pour que tu finisses ton assiette, je te dirais de prendre ça cool [hihihi] et de réaliser toute la chance que tu avais de l’avoir dans ta chambre. C’est une belle attention.)
  • « Ça leur a pris deux jours avant de l’arranger » (Bienvenue à Cuba, l’endroit où c’est dimanche à la semaine et qu’il n’y a pas d’urgence, aucune. Les gens sont comme ça; pas stressés, pas pressés. Toi, tu es en vacances, profites-en donc pour relaxer ton sexe un peu.)
  • « Y avait des bibittes » (En effet, le climat est chaud et très humide, et l’île n’est pas recouverte d’une moustiquaire. Ne laisse pas de nourriture traîner et apporte un bon répulsif pour profiter des soirées dehors.)
  • « Y avait juste trois postes sur la TV » (Tu me niaises?)
  • « La chambre était laide » (J’abandonne.)
Santa Maria del Mar : une des plus belles plages de sable blanc comme ce quon connaît de Cuba!) aussi accessible aux cubaines et cubains, située à quelque vingt minutes de La Havane.

Santa Maria del Mar : l’une des plages qui s’apparente le plus au Cuba des cartes postales, aussi accessible aux cubaines et cubains, située à quelque vingt minutes de La Havane.

Bref, cette succession de remarques désobligeantes se termine souvent par le traditionnel « Tant qu’à ça, t’es mieux de payer un peu plus pour aller au Mexique ou en République. » À ceci, je me permets de répondre : « En fait, si tu souhaites passer du temps dans un endroit où tu mangeras bien comme ici, où les choses marchent assurément comme ici et où les gens ont exactement la même culture qu’ici, je te suggère de louer un condo à Mont-Tremblant. Ce sera plus cher et le lac Mercier n’est pas tout à fait turquoise, mais je pense honnêtement que tu t’y feras mieux. » Car si je comprends parfaitement que ce type de vacances pour se reposer puisse convenir à autant de personnes, c’est davantage les plaintes du retour qui m’irritent.

En terminant, réglons une chose : oui, je le sais, que le tourisme est dorénavant la plus grande source de revenus du pays. Et ce pays, je l’aime. Donc, je vous remercie de faire rouler l’économie à ma place.

La Havane, me revoilà

En mai dernier, mon grand ami déménagé au Chili depuis décembre me disait tout bonnement avoir acheté des billets pour La Havane, Cuba sur un coup de tête. Tout aussi nonchalamment, je lui ai répondu que j’allais l’y rejoindre. Je n’avais pas vraiment pris en considération que je m’immiscais dans son voyage d’amoureux – j’y rencontrerai son copain pour la première fois -, mais mon énervement avait un peu surpassé ma raison.

la_havane_calle_b_vedado

Vue du balcon de la casa particular où j’habitais en 2006, dans le quartier Vedado.

Revoir Cuba d’un œil… adulte?

C’est que j’ai séjourné à La Havane en 2006, et j’avais toujours voulu y retourner. J’attendais de pouvoir y aller avec quelqu’un; ou j’attendais d’être game d’y aller seule. Puis, comme tout ça ne semblait pas près d’arriver, j’avais un peu abandonné l’idée. Et revoilà cette chance, alors que je ne m’y attendais plus vraiment. Juste avant que Cuba subisse des gros changements. Je suis un peu stressée, là.

Pour celles et ceux qui se disent « voyons donc, un petit deux semaines s’a beach; a capote, elle » : je précise que je ne m’en vais pas dans un tout-inclus – et qu’il va mouiller tout le long. C’est donc « un peu » plus compliqué et, justement, il n’y a pas grand-chose d’inclus, là-bas. Notamment, pas d’Internet. Mais qu’allons-nous devenir? Reste que ça demande un peu plus de planification à l’avance. Et disons aussi que la vraie vie à Cuba n’a rien à voir avec ce qui se passe dans les hôtels pour plaire aux touristes. Bon, ça sonne évident, dit comme ça, mais enfin. Je rapporterai sans doute quelques anecdotes pour illustrer mon propos en revenant.

Non mais. Quoi de plus plate qu’un récit de voyage sur un blogue? Un récit de voyage en différé sur un blogue! On verra si certaines pages en valent la peine. Allez, je vais finir mon sac d’avance pour la première fois de ma vie. Je pars samedi. À bientôt.

Toute seule au Miami Deli

Dans le cadre de ma thérapie qui consiste à « faire des affaires », j’ai décidé d’aller déjeuner au Miami Deli toute seule. Bon, ok, y a rien là. Peut-être que pour vous autres, c’est super banal, aller au restaurant toute seule. Révélation choc : pas pour moi. En fait, à part dans un fastfood et en voyage, il me semble que j’aie jamais osé le faire.

Là, vous vous dites : mais elle fait déjà plein d’affaires toute seule, elle. Elle va dans des soirées, des lancements. Oui, mais dites-vous aussi une chose : souvent, ça me demande du courage en titi. Arriver toute seule dans une foule, et devoir percer les bulles de conversations déjà entamées, m’intégrer au travers des amitiés plus solides. « Euh, salut, hihi. » Un coup que la glace est cassée, c’est presque toujours le fun. Mais ça m’est déjà arrivé d’arriver quelque part et de choker. Je dis pas ça pour faire pitié, hein. C’est comme ça, c’est tout.

Je pense aussi qu’il y a une bonne différence entre moi et la nouvelle célibataire qui vire fofolle, qui s’instagram les jambes dans le bain avec un verre de rouge sur le bord, qui fait des trucs toute seule pour « prendre du temps pour elle ». J’ai l’impression que c’est différent, quand la solitude est habituelle, et qu’elle est plus difficile à briser. Mais je me trompe peut-être; c’est peut-être exactement la même chose.

Alors peu importe la situation, voici quelques conseils : tu prends une attitude laid back, tu fais tes affaires. T’as pas le choix. Si tu fais rien par toi-même, tu vas passer le restant de ta vie en jaquette devant Facebook.

Combattre la petite déprime du dimanche : aller au Miami Deli

Est-ce que je suis en train de tout raconter ça juste pour dire que je suis allée au fucking Miami Deli? Oui. Bon. Alors à 9 h 30, je suis montée sur Sherbrooke.

Pourquoi le Miami? Pour l’ambiance, mais surtout parce que mon restaurant à déjeuners préféré d’Hochelaga, le Michelle BBQ, a fermé ses portes dernièrement. Un bout, j’allais au Gerry’s où les patates sont vraiment bonnes, mais j’ai tellement amené de gars différents là-bas, la serveuse doit penser que je suis une vraie charrue. (La plupart du temps, c’était vraiment juste mes amis.) Là, elle me verrait arriver toute seule, et elle se dirait « bon, elle prend un petit break! » Ben non, je me dis pas ça pour vrai; dans le cadre de ma thérapie « faire des affaires », j’essaie d’éviter le plus possible « le monde doit penser que ». Bien souvent, le monde pense pas grand-chose.

D’ailleurs, j’ai eu l’impression que l’hôtesse a été surprise, quand je lui ai fait signe que j’étais toute seule. C’est encore dans ma tête. J’ai pas osé le comptoir, je vais garder ça pour une autre fois. Elle m’a dit que je pouvais m’asseoir n’importe où, mais c’était un mensonge : la serveuse est venue me voir pour me dire de plutôt aller à la petite banquette pour deux, si j’étais toute seule. Dans le fond du restaurant. Avec un grand sourire, elle m’a guidée à ma nouvelle place. Juste à côté d’une star de l’Internet, qui déjeunait avec des amis.

miami_deli

Ci-haut, un aperçu d’une colombe en carton.

J’ai commandé à Manon mon « Déjeuner à la Québécoise » et j’ai sirotté un thermos de café très lentement, question d’en profiter à fond. J’avais tout de même une vue imprenable sur l’ensemble du restaurant au lendemain de la Saint-Valentin, avec ses cœurs en glitter et ses colombes en carton. Il faut dire que le Miami, c’est summum du bling bling quétaine. Saviez-vous que les poissons suspendus, ce sont des vrais? Sauf le requin et le dauphin. Dans Montréal Kitsch, Sébastien Diaz parlait à travers son chapeau en disant qu’ils sont en plastique. Le proprio du Miami était en tabarnak.

Comme une enfant, je suis restée quelques minutes à regarder les poissons vivants dans l’aquarium du hall avant de sortir. J’étais dans les jambes, mais je m’en calissais. Je suis rentrée avec un mal de front, en me demandant ce que cette sortie m’avait apportée. Je me le demande encore, mais je suis plutôt fière de cette observation genriste tirée de mon cahier de notes, qu’il me fait plaisir de partager avec vous :

À part moi, les personnes seules aperçues au Miami Deli en ce 15 février 2015 entre 9 h 40 et 10 h 30 – cinq pour être exacte – sont des hommes.

Il y en avait même deux qui semblaient avoir à peu près mon âge. Mais j’étais pas parée pour cruiser, évidemment. J’étais pas peignée, pas maquillée. J’avais des traces de la poutine du vendredi sur mon hoodie. Et de toute façon, le monde devait penser que j’étais une nouvelle célibataire qui fait des trucs toute seule pour « prendre du temps pour elle ».

1